Le jour 5, c'était le départ pour un nouveau voyage à vélo. J'en ai rêvé pendant longtemps, le jour J était enfin arrivé.
Ce que je peux dire immédiatement :
entre rêve et réalité, il y a toujours un décalage...
Dans le rêve, le voyage est facile... Le vélo est léger comme un nuage... Il roule pratiquement tout seul...assis sur la selle, je suis spectateur des paysages qui s'offrent à mes yeux : grandes étendues sauvages, rencontres furtives d'animaux, routes désertes, beau soleil, chant des oiseaux, senteur des forêts...hummm le paradis...
Hé !!! Ho, mon gars !! Reviens sur Terre ! Le vélo pèse presque 30 kilos avec la nourriture et l'eau ! Il n'avancera pas tout seul, c'est toi qui va pédaler mon grand ! Les animaux ne vont pas t'attendre pour la pause photo. Le soleil, ici, est très capricieux et encore plus quand on monte dans le Nord, j’espère que tu aimes être mouillé...
Et les routes désertes...Comment dire...Tu es dans une région fortement américanisée, alors attends toi à voir de grosses voitures bien polluantes et respirer un air pas pur du tout !
Et c'est ce qui est arrivé les premiers jours. Je suis passé par tous les états d’âme possibles !
Du :
- Waouhh, il est vraiment lourd ce vélo !
au :
- Mais P***** de B******* de M******** qu'est ce qui m'a pris de me relancer dans un voyage a vélo, je vais y rester !!
En passant par des moments assez singuliers de grandes discussions à visée philosophique avec mon compagnon de fer sur le bord de la route :
- Attends, faut que tu fasses quelque chose là ! Le partage tu connais, la gratitude, je t'ai tout remis à neuf avant de partir ! Je ne vais pas pouvoir continuer si tu ne m'aides pas un peu ! Toi aussi, tu dois faire des efforts dans les montées !! Tu en fais dans les descentes, tu roules super vite ! Alors mon ami, au boulot !!
Alors pour oublier l'effort et les conditions météo, je chante...faux !! Je parle anglais...seul ! J'insulte les trucks et ces gros 4x4 qui roulent trop vite !
Mais...Ca ne dure qu un temps car le sentiment de liberté au guidon du vélo est plus fort que ces petites difficultés de début de parcours !
Très rapidement, j'ai été amené à vivre plein de moments sympas.
Durant la traversée pour rejoindre l’île de Vancouver, des indiens (d'Inde) étaient à côté de moi...Mauvais présages, car oiseaux de mauvais augure ces gens là...pour ceux qui connaissent l'affection particulière que je leur porte :) !
A peine arrivé sur l’île, c'était le déluge ! Mes premiers kms se sont faits sous une averse torrentielle, histoire de tester ma volonté ! Je n'ai pas cédé et j'ai avancé !
Le lendemain, grand soleil, tout a pu sécher : test réussi !
Parlons maintenant du canadien.
C'est un personnage fort sympathique, très curieux de nature, très sociable, gentil...Vraiment gentil ! Ça en devient même déconcertant !
Pour exemple, après deux journées à pédaler, je m’arrête dans un camping. Trop cher à mon goût, je décide de continuer mais il se fait tard. Apres quelques kms, je vois un attroupement de campings cars face à l'océan...Le spot idéal !
Euh... je veux dire un attroupement de modules lunaires de taille démesurément grande.
Un canadien part en vacances comme s'il partait sur la lune pour plusieurs mois. Il lui faut tout ! Derrière son énorme maison roulante, il accroche son 4x4 ou son bateau ! Et sur son 4x4, son ou ses canoës ! Il ne fait pas les choses à moitié.
Bref, je m’arrête et demande au premier gars où je pourrais planter la tente pour une nuit.
Réponse :
- Pas besoin, je m'en vais ce soir avec ma femme. Je te laisse l'emplacement. Ya tout ce qu'il faut, fais comme chez toi !
Très heureux que les choses se passent ainsi, je me mets rapidement à observer l'océan et les lions de mer qui font leur apparition. Un homme se balade en canoë près d' eux... Le veinard, j'aimerais bien être à sa place...
Aussitôt dit, aussitôt fait. L'homme, John, se rapproche de moi et accoste :
- Tiens mon gars, prends mon canoë et va faire un tour pour observer les lions de mer.
- C'est vrai ? Vous êtes sérieux !?
- Oui, pas de soucis, ça me fait plaisir !
Et me voila parti sur l'eau, à la tombée de la nuit pour observer ces animaux.
Le canadien est donc vraiment surprenant. Tous les jours, ils venaient me voir, me parler. En même temps, ils trouvaient assez étrange de voir quelqu'un avec un vélo traverser leur île. Ils ne comprenaient pas toujours :) !
Parlons maintenant des animaux et plus précisément des ours. Ici, dans la nature, vous n’êtes plus au sommet de la chaîne alimentaire. On est un maillon parmi tant d'autres.
Après quelques jours à pédaler le long de la route côtière, magnifique, grandes plages désertes mais eau extrêmement froide, malheureusement, j'ai emprunté des chemins forestiers. Après quelques heures à rouler dans ce dédale d'immenses sapins, j'arrivais sur la fin de cette route. Un dernier petit chemin devait me ramener sur l'axe principal afin de sortir de ce sentier.
Quand, soudain, un ours noir a surgi sur le chemin !
Certes, il n'est pas le plus dangereux, peu territorial donc assez peureux...Sauf si la mère a ses petits.
A ce moment là, j'ai compris ce que voulait dire vivre le moment présent.
Le cœur s'accélère, je reste calme. Je me rappelle tout ce que j'ai lu sur les ours :
- lui plus fort que toi !!
- reculer tranquillement, ne pas le fixer dans les yeux
- lui laisser de l'espace
- s’arrêter s'il s'approche de moi
- prendre la bombe anti ours, parler d'un ton calme
- observer son attitude, les signes de nervosité....
Bref, tout ça reste de la théorie. Tout ce que je me suis dit sur le moment c est :
Qu'est ce que Rambo aurait fait à ma place ? ![]()
Dans les faits, je suis parti d'un côté, il est parti de l' autre. Et j'ai fait un grand détour, comme on me l'avait conseillé afin de ne pas l'importuner davantage.
C'est une expérience assez intense à vivre, qui réveille d'ailleurs certains instincts primaires de survie.
La suite, vers le Nord, s'est déroulée sans encombre. La route était assez monotone pour être honnête mais les lieux pour planter la tente le soir étaient simplement magnifiques. Ça donnait la motivation nécessaire pour pédaler de longues heures.
Apres 7 jours, je suis arrivé à Port Hardy. Cette première partie a été un excellent entrainement pour les jambes et l'organisation au quotidien.
Je suis ensuite parti en bateau, une traversée de 15 heures, pour rejoindre Prince Rupert.
Cette traversée, à elle seule, valait ces 7 jours de vélo ! Elle passe à travers les fjords dans des régions isolées, pratiquement sans aucune présence humaine. Des territoires vierges, dédiés a la nature et aux animaux marins. Les rencontres avec les baleines ont été nombreuses et toujours aussi émouvantes !
J'ai donc rejoint le continent.
La prochaine étape : les rocheuses canadiennes...