Trouver un ordinateur et prendre son temps pour écrire relève de l'exploit dans ce pays. Très peu de backpackers et de cybercafés en dehors de Vancouver.
Mais là ça y est, je suis devant un écran avec un clavier et une connexion internet, très intermittente, vu l'endroit assez isolé où je me trouve, mais ça c'est une autre histoire !
Les premiers mots qui me viennent à l'esprit en repensant à cette traversée à vélo dans ces deux parcs nationaux sont : immensité, sauvage, froid, calme, tranquillité, impressionnant...
Les paysages rencontrés restent familiers : montagnes, rivières, lacs, forêts, glaciers mais le gigantisme de tous ces éléments réunis en un même lieu m'a laissé bouche bée. Tout est démesuré ! Je me suis senti tout petit au milieu de tout ça. Je dirai, avec le recul, comme une erreur dans le paysage :
- Hé !! Que fais-tu ici, petit homme ? Dans cet espace sauvage, hostile et dont tu ne connais pas les dures lois qui régissent les interactions entre les êtres vivants...Oui, toi, le grand chauve, sur son vélo!
J'ai pourtant essayé de profiter des lieux au maximum. Plus de 10 jours à alterner vélo, rando. Je me sentais tellement bien que j'en ai réduit mes journées de vélo à une trentaine de km par jour.
Une chose à savoir, si la distance journalière dépasse 80 km c'est qu'il y a un problème...de monde...Euh je veux dire de chinois !! Ou de camions et 4x4 sur la route...Mais ça aussi j'y reviendrai après...
Pour les chinois, c'est simple, ils se déplacent parqués dans des bus ! La plupart des endroits restent exempts de leur présence ! En fait c'est simple, ils descendent du bus, prennent des photos, parlent dans un charabia incompréhensible, achètent plein de choses font deux tours et puis s'en vont !
Mais revenons en à cette traversée au pays des ours, des loups et des couguars !
Mon moment préféré : le matin ! J'essayais toujours de me lever le plus tôt possible afin de prendre la route vers 7h. A ce moment là, j'étais seul sur la route à profiter du lever du soleil, de cette fraîcheur, des odeurs et de ces immensités sauvages... Cette solitude, au milieu de ces paysages, est un sentiment très agréable...Mais, très vite, on repense au maître des lieux : l'ours ! Pas le noir, mais le grizzly !
J'en ai vu un, un soir, lors du retour au camping de Jasper. Près de la rivière. J'étais loin, mais je le trouvais immense ! Grosse masse brune dans l'eau...J'étais fasciné...Je n'en croyais pas mes yeux. J'ai pris mes jumelles afin de l'observer. Il n'est pas resté longtemps, l'air débonnaire, il est reparti dans sa forêt. Je n'ai pas insisté.
J’ÉTAIS A VÉLO !! Dans tous les cas, il était plus rapide que moi ! Une distance de sécurité de 200 m s'est imposée naturellement.
Fini les :
- Ohhhh, lalalala, il est trop mignon !! Il est trop beau ce gros nounours !!
Bizarrement, on se rappelle très vite (du moins dans mon cas) qu'il s'agit d'un animal sauvage, qui reste très imprévisible.
Tout se trouve changer. Pédaler et randonner deviennent deux activités qui ne sont plus abordées de la même façon. Quelque chose qui relève de l'instinct primaire apparaît. On écoute, on observe les traces, on reste attentif, on fait du bruit (il est vivement recommandé quand on est seul d'avoir un grand répertoire de chanson à disposition... ce qui n'est pas du tout mon cas !). Le grizzly est territorial et peut se montrer très colérique et un tantinet désagréable s'il est surpris !
Souvent à vélo je me suis dit :
- Bon si un ours déboule sur la route et que je lui rentre dedans...Qu'est ce qu'il va se passer ? Clairement, il n'y aura pas de constat : J'ai tort !! Il a 100% raison !
De toute façon, je n'aurais même pas le temps de parler, de m'excuser, qu'il aura fait de moi son petit déjeuner...Car même si je lui jette le vélo charge dessus, je ne fais pas le poids contre ses 600kg :)!
Ceci étant dit, il ne faut pas tomber dans la paranoïa... L'ours n'est pas un psychopathe sanguinaire qui attend cacher derrière un arbre avec un bâton à la main, un sourire sadique et la bave aux lèvres !! C'est un animal sauvage, nous sommes dans son territoire et devons éviter les rencontres à tout prix, afin de ne pas perturber son quotidien. Suivre les précautions de base, qui sont rappelées presque partout, est essentiel.
La saison estivale est, pour ces plantigrades (ainsi que tous les autres mammifères des rocheuses) un moment crucial. Ils doivent amasser suffisamment de réserve de graisse pour affronter les rigueurs de l'hiver.
A la fin de ce périple dans les rocheuses, j'étais tellement plein d'énergie, de motivation qu'une idée, tout à fait singulière, m'a traversé l'esprit :
- Tiens et si je continuais à vélo jusqu'à Vancouver par la Transcanadienne...Un nom qui fait rêver !!! Allez zou, c'est vendu !
Quelle erreur monumentale !
Afin d'imager mes propos, je vais donner un exemple :
Imaginez rouler sur l'autoroute A8 de Cannes à Toulon, sur la bande d'arrêt d'urgence, avec un trafic de tous les diables et des camions qui foncent à toute berzingue, sans sortie possible ! C'était horrible !
Une fois arrivée au camping, situé juste à côté d'une voie ferrée (je le dis : une journée de m***** !) j'ai pris la carte et étudier un autre chemin :
- Tiens, si je passais par le Sud. Peu de grosses villes, pas de grands axes routiers... C'est un peu long mais j'ai du temps...Cool ! Allez zou, c'est vendu :) !
Quelle erreur monumentale !!!
Le matin, réveil 5h, départ à 6. Les 40 premiers km ont été calmes, la route n'avait rien d'exceptionnelle mais au moins le trafic était normal. Mais ça n'a pas duré : camion, 4x4, camping-car se sont rapidement succédés !! Et toute cette pollution que je respirais...Ça n’était plus possible ! J'étais au paradis, et j'ai basculé en enfer !
Le dernier tronçon pour rejoindre Cranbrook a été le coup de massue : la pluie...euh plutôt le déluge s'est abattu sur moi, en plus de la circulation intense ! 130 km dans ces conditions ont entamé sérieusement ma motivation à continuer a vélo ! Je me suis donc posé deux jours dans un motel afin de réfléchir à la suite à donner à ce voyage...Tout ne pouvait se dérouler sans embûche...C’était évident !!
Cette erreur m'a fait réaliser une chose essentielle : en dehors des parcs, les routes en Amérique sont très chargées, même celles secondaires.
La Sierra Cascades Bicycle Road est devenue très rapidement une source d'angoisses et non plus un rêve...Effectivement, elle passe par de nombreux parcs mais les routes "entre parcs" qu'en sera-t il ? Les américains sont beaucoup plus nombreux que les canadiens...Les routes sûrement plus chargées...Pour pédaler de longues journées, ma motivation doit être intacte et là ce n'était plus le cas...
Mon objectif est de prendre du plaisir et non m'angoisser chaque matin quand je monte sur le vélo !
Donc, tout naturellement, les plans ont changé ! Comme lors de mon premier voyage sur "du plusieurs mois". Cette erreur, finalement, n'était peut être pas une erreur...Rien n'arrive par hasard...Je le ressens de plus en plus comme une évidence...
J'ai décidé de repartir sur la côte ouest de l'île de Vancouver dans le Pacific Rim National Parc. Ensuite, je prendrai un bateau pour rejoindre l'Olympic National Parc au nord de Seattle afin d'y faire une boucle à vélo et d'attendre ainsi, tranquillement, la fin de l'été...
Maintenant, je ne pédalerai que si les conditions sur la route sont acceptables. Ça sera mon seul critère...La route 1, le long de la côte Ouest de Californie semble être une option de choix dans cette démarche...