Itinéraire :
Établi à partir des cartes de l'association adventure cycling :
https://www.adventurecycling.org/
Cranbrook, Canada, début août...
- Non, là, ça ne va pas être possible ! Mais pas du tout ! Des camions partout, je ne peux pas me lancer sur les routes américaines dans ces conditions !! Faut tout changer !!
Voila en gros à quoi se résumer ma pensée à cette période en ôtant bien évidemment toutes les insultes qui allaient avec :-) !
Le descriptif que j'avais du parcours à vélo que je voulais faire à l’époque, la Sierra Cascades, je ne l'avais pas bien lu...Ou du moins je n'avais pas bien compris les sous entendus cachés derrière certaines tournures de phrases...Mais maintenant je sais !
Voici quelques exemples pris au hasard :
Commentaires anglais ---> traduction par un européen
1- Niveau de trafic modéré mais peut augmenter :
Tu vas rouler avec beaucoup de camions mon garçon !
2- Les dimanches et les jours de congés, le trafic de camions est moins important entre la CRA 28 et la SR89 :
Si tu roules en semaine, tu vas rouler avec beaucoup de camions à tes côtés mon garçon !
3- Entre Canyon Dam et Quincy, nous vous recommandons pour votre sécurité de voyager en bus sur cette partie :
Si tu roules à vélo sur cette route, t'es mort et puis c'est tout !
4- Faites attention, il y a 4 tunnels pour aller au Yosemite, soyez prudent et allumez vos feux :
Tu pourras passer les 3 premiers mais pas sur que t'arrives au bout assis sur ton vélo !
5- La route est étroite, ventée, pentue, il n y a pas de bas côté et le trafic peut être très chargé :
On t'aura prévenu, tu vas prendre cher mon garçon !
Bref, voilà ce que j'avais survolé et qui aurait du m'alerter ! Mais mon anglais n’était pas très au point et à l’époque je fantasmais sur cette route qui traversait tout le pays !
J'ai dû regarder trop de films américains !
J'ai donc changé tous mes plans, en prenant le temps cette fois-ci d’étudier plus sérieusement le parcours. Semaine après semaine tout s'est mis en place assez tranquillement je dois dire. Ça fonctionnait !
L’étape que j'attendais avec impatience était la côte ouest de Californie. Avais-je fait le bon choix quand à ce nouvel itinéraire à vélo ?
La réponse est OUI ! Du moins pour cette première partie jusqu'à San Francisco.
Du premier jour à Crescent City, jusqu'à l’arrivée à vélo devant le Golden Gate Bridge (c’était énorme :-]), j'ai retrouvé tout ce que j'aimais dans cette façon itinérante de voyager mais j'y reviendrai d'ici quelques lignes...
La première partie de cette route, dans le parc national de Redwood, a été surprenante. Les arbres de cette forêt, les séquoias, sont tout simplement gigantesques !
Je n'ai jamais rien vu de semblable de ma vie ! Les américains ont même nommé cette route : l'Avenue des Géants !
Pédaler dans ces lieux m'a donné l'étrange sensation de parcourir une autre planète ! Ce n'est pas loin de la vérité puisque cette forêt fut le lieu du tournage de nombreuses scènes du "retour du jedi " : Les ewoks et la lune forestière d'Endor, c’était ici !
L'impression générale qui ressort quand on traverse cette forêt est la petitesse !
On se sent vraiment minuscule !
D'une part, par notre taille qui est démesurément ridicule par rapport à celle de ces arbres !
D'autre part, par rapport à son évolution.
Ces arbres étaient déjà présents à l’époque des dinosaures, c'est à dire il y a environ 60 millions d’années !
Ils servaient de nourriture aux brachiosaures et autres herbivores au long cou pour manger les pousses des hautes cimes, à plus de 70 m !
Ce sont véritablement des reliques d'un autre temps...
Mais, malheureusement, l'homme est apparu et a découvert l’Amérique...Mauvais présage pour cette forêt car oiseau de mauvais augure que ce bipède consommateur d'environnement !
Cette foret millénaire, sacrée pour les amérindiens, s’étendait sur des centaines de km. Elle a survécu aux dernières périodes glaciaires mais s'est vue décimer par l'homme en quelques dizaines d’années pour son bois aux propriétés exceptionnelles.
Fait intéressant, ces arbres gigantesques ont paradoxalement des racines assez petites mais celles-ci se lient à celles d'autres séquoia afin de rendre les arbres plus forts entre eux...Solidarité végétale et magie de la nature !
Heureusement pour les rescapés, les survivants, cette forêt est protégée dorénavant. Elle fait partie du parc national de Redwood et de nombreuses campagnes de reboisement ont eu lieu depuis. Mais elle ne retrouvera jamais son immensité et sa splendeur d'époque que seuls ceux qui l'ont détruite ont connu...Quelle ironie !
La suite du parcours s'est déroulée le long de la côte californienne, avec en toile de fond l’océan Pacifique. Les conditions pour rouler étaient excellentes...Je dirais même inespérée !
- Plus de camions
- une circulation quasi inexistante la plupart du temps
- Une conduite exemplaire des personnes sur la route qui font toutes un large écart en nous dépassant et sans excès de vitesse
Oui, le choix de la côte ouest était le bon pour cette période de l’année !
La route est très belle avec de nombreux beaux points de vue. Bon, elle n'est pas de tout repos non plus ! C'est up and down et up and down ....tous les jours ! Faut s'accrocher quand même !
Sinon, il est aisé de se ravitailler, les campings ont établi un système "Hiker/Biker" (vu le nombre de cyclistes) : 5 dollars la nuit et pas besoin de réservation, la place est assurée ! Quel bonheur après ce que j'ai connu ! Et 9 fois sur 10, il y a la douche chaude ! J'en ai même fait un où il y avait un jacuzzi à 37 degrés :-)) !
What else ?
Et bien... Pédaler !!
Certains matins, au réveil, quand on pense aux 60 ou 70 kms de la journée, l'envie n'est pas forcément là ! Il faut être honnête !
Puis on se rappelle qu'on n'est pas pressé finalement, mais alors pas du tout !
Il n'y a pas d’impératifs, d'urgences, d'horaires, personne qui nous attend, excepté la route ! Et si l'envie ne pointe pas le bout de son nez, on prend un jour off et puis voilà !
Sinon tout se fait tranquillement : le réveil, le petit déj, la toilette, le paquetage, le départ.
La seule contrainte c'est justement de ne pas avoir de contrainte : C'est la liberté qu'offre le vélo !
Débuter un voyage à vélo est cependant toujours difficile. L'effort des premiers jours monopolise une grande partie de l’énergie et sollicite un mental qui doit s'accrocher face à cet effort qui n'est pas habituel et très rude !
Mais, une fois les muscles accoutumés au rythme soutenu des journées à vélo, alors c'est l'esprit qui est de nouveau disponible ! Il se libère de l'effort et profite de ce mode de vie, très apaisant pour lui ! C'est une véritable bouffée d' oxygène !
En fait le voyage à vélo nous ramène à une vie simple et saine : on est au grand air tous les jours et on fait du sport !
Le parc national de RedWood avec ses séquoias géants
San Francisco